L'actualité de l'archéologie et de l'histoire locale

1536849878
Première journée
Évacuation des gravats
Découverte de la dalle
1536516201
Phase finale du chantier

Tour médiévale de Marzes (Saint-Cernin)


À l’initiative de l’association Doire-Patrimoine, deux journées en juillet et août 2018 ont été consacrées au déblaiement du premier étage de la tour. Ces travaux se sont déroulés sous la surveillance archéologique de membres de la SARA (société archéologique de la région d’Aurillac), à la demande du SRA (service régional de l’archéologie) AURA (Auvergne-Rhône-Alpes.

Sous environ 50 cm de comblement, composé de gravier, mortier (avec morceaux de calcaire blanc), terre, pierres de faibles dimensions (pierres de blocage interne aux murs de la tour) et quelques parements provenant du sommet de la tour, une dalle en béton a été dégagée. Sa réalisation n’a pas pu être datée pour l'instant, mais elle aurait pu être coulée au début du 20e siècle. Des fragments de verre fin, dont un de forme cylindrique irisé, de la céramique vernissée (vert interne, marron extérieur), et une tôle en fer très rouillée (nature indéterminée, 0,50 sur 0,50 m environ) et un outil en fer composé d'une lame et d'une soie ont été découverts dans les remblais.

1531934204

Découverte des vestiges d'une agglomération antique près de Saint-Flour (Cantal)


Dans le cadre du projet routier de contournement de Saint-Flour, l’INRAP (institut national de recherches archéologiques préventives), qui vient de mener les fouilles préventives, a mis au jour des vestiges archéologiques correspondants à une zone d’activité d’une agglomération antique.

Ces recherches ont révélé la présence de plusieurs puits, étayés par des planches ainsi que des fours de potiers. Le site était desservi par une voie pavée (voir article du journal la Montagne du 17 juillet 2018 : https://www.lamontagne.fr/saint-flour/travaux-urbanisme/cantal/2018/07/17/des-fouilles-ont-mis-au-grand-jour-l-existence-d-une-agglomeration-gauloise-a-saint-flour-il-y-a-2-000-ans_12925441.html)

1530453445
Plan de la montagne de Broussette, 1779 (Cliché Archives Nationales de France)

Sortie de l'association "Les amis de la tour de Marzes" :

Découverte de la montagne de Broussette (sur le commune de Girgols et celle de Marmanhac) grâce aux recherches d'Henri Sabatier aux ADC (archives départementales du Cantal). Il est parti d'un plan découvert par Léonce Bouyssou aux AN (archives nationales) résultant d'un conflit sur les titres de propriétés au 18e siècle.

Extrait de la RHA 2016-2 par Henri Sabatier :
"Il s’agit d’un exemple de plan terrier, (Fig. 1) dressé à l’occasion d’un litige foncier : c’est donc plus exactement un « plan de contentieux »[1]. Son premier intérêt tient à la rareté d’une telle représentation cartographique d’une estive, terroir hautement caractéristique de la Haute-Auvergne. Les autres plans concernant le Cantal conservés aux Archives nationales sont ceux de forêts.

À sa rareté s’ajoute la qualité technique du plan de Broussette : il est quasiment superposable à la vue satellite actuelle de cette montagne ; c’est dire la grande qualité du travail cartographique effectué par son auteur, Jacques-Joseph Lasmoles. C’est du même coup constater la permanence, au moins apparente, de ce terroir, à la fois dans sa délimitation « cadastrale » et dans sa vocation agricole. La production fromagère, activité traditionnelle de la montagne de Broussette, devait d’ailleurs y perdurer jusqu’en 1982 environ, soit un peu plus de 200 ans après la réalisation du plan qui nous occupe.

L’intérêt supplémentaire de celui-ci est d’avoir ajouté à la représentation planimétrique celle, en vue cavalière, de hameaux voisins. Or une telle représentation de bâtiments sur des plans terriers, si elle est connue ailleurs, reste assez rare[2]. Pour la Haute-Auvergne, on ne pouvait citer récemment comme exemple publié[3] que les dessins figurant sur le « plan géométrique des montagnes de Banes Haut » (commune de Saint-Clément). Encore ne s’agit-il là que de la représentation - d’ailleurs « à plat » - de manoirs et non de maisons rurales. Toutesfois, comme on va le voir dans ce numéro de la RHA, de nouvelles représentations viennent d’être révélées[4].

Le plan de Broussette, lui, nous fait voir quelques-unes de ces maisons. Grâce à son auteur, nous pouvons entrevoir ce qu’était vers 1779 ce terroir, certes peu étendu mais qui, de par sa composition, est bien caractéristique de la Haute-Auvergne."

Ce document vient donc s’ajouter à un certain nombre de « vues figurées », peu fréquentes dans les archives, mais dont l’intérêt pour l’habitat rural et son histoire ne saurait être négligé[5].

[1] Brunel (Ghislain), Guyotjeannin (Olivier) et Moriceau (Jean-Marc), Terriers et plans-terriers du xiiie au xviiie siècles, Actes du colloque de Paris (23-25 sept. 1998). Ecole nationale des Chartes.Brunel (Ghislain), Guyotjeannin (Olivier) et Moriceau (Jean-Marc), Terriers et plans-terriers du xiiie au xviiie siècles, Actes du colloque de Paris (23-25 sept. 1998), Bibliothèque Histoire Rurale n°5, Rennes,2002, 466 p.- Dumasy (Juliette), « Entre carte, image et pièce juridique : la vue figurée de la baronnie de Séverac-le-Château (1504) », Revue Historique 3/2009 (n°651), p. 621-644

[2] Archives départementales du Tarn, http://archivescartesetplans.tarn.fr/ : cf. diaporama, notamment le plan et vues figurées d’un tertre et fossé litigieux à Castres, 1777 - Archives départementales de l’Aisne, http://archivescartesetplans.tarn.fr/: cf. le registre terrier de la commune de Boncourt, vers 1759, document du mois de février 2015.

[3] Inventaire topographique du canton de Vic-sur-Cère, Paris, Imprimerie nationale, 1984, 437 p., figures p. 290-291

[4] Cf. articles d’Hervé Ginalhac et rené Monboisse.

[5] Bruel (Marie-Elisabeth), « L’apport des archives à l’étude du patrimoine rural : l’exemple des communes d’Autry-Issards et de Saint-Menoux (canton de Souvigny, Allier) ». In Situ, Revue des patrimoines (https://insitu.revues.org/), 2005

1530453984
Détail du plan de la montagne de Broussette (1779) : village de Soulages, Girgols
Plan de la montagne de Broussette (1779), détail : village de Regnarés, Marmanhac
détail : montagne « del devès », Laroquevielle
1530453977
actuel village de Soulages
La maison de Regnarès à escalier exterieur
Saint-Prax
1529255639
Site archéologique de Rissergues lors des journées nationales de l'archéologie (Malbo)

Journée nationale de l’archéologie dans le Cantal (16 juin 2018)


Dans le cadre des journées nationales de l’archéologie, le Pays d’Art et d’Histoire de Saint-Flour a organisé une visite guidée par Frédéric Surmely (conservateur au SARA) des fouilles des vestiges médiévaux du hameau de Rissergues, commune de Malbo.

Le site archéologique de Rissergues (classé monument historique) a été fouillé sous la direction de Frédéric Surmely en 2010 et 2011, en partie. Le site a été aménagé afin de recevoir le public. Un cheminement permet de découvrir des vestiges de bâtiments en pierres sèches. Des panneaux d’information présentent les résultats de ces recherches. Dans le bourg de Malbo, une salle d’exposition (le grenier de Lili) est consacrée à l’ensemble des recherches archéologiques réalisées entre 2000 et 2011, sur le secteur du sud du Plomb du Cantal. La présentation permet de découvrir l’histoire de ces montagnes de la préhistoire à nos jours.

Plus d’infos : http://www.risserguesarcheologie.sitew.fr/#Presentation_du_site_.A

1529253229

Pour en savoir plus, nous vous recommandons la lecture du livre :

Éditions Terre Ancienne – 3 rue Grégoire de Tours 63000 Clermont-Ferrand, 2015, 74 p., nb ill. couleurs, 10 € (Avec le soutien de la FAAC)


« Ce qu’il y a de plus difficile à connaître, c’est le futur »…

C’est sur ce petit « clin d’œil » que s’ouvre le livre de Frédéric Surmely, consacré aux recherches archéologiques menées sur la planèze sud du Plomb du Cantal, de 2000 à 2011.

Avant ces investigations, la zone était considérée comme inhospitalière et peu fréquentée dans le passé, du fait de l’altitude, du climat rude, du froid, du vent violent. On voyait plutôt nos ancêtres nichés dans au cœur des profondes vallées, et les plateaux réservés aux vaches. L’équipe de chercheurs a renversé ces idées préconçues. Ils ont choisi un large secteur de montagne, près de 70 km², sur les communes de Saint-Clément, Pailherols, Lacapelle-Barrès, Malbo, Cézens et Brezons. Pendant des années, les archéologues ont sillonné les plateaux, marchant, la tête baissée, à la recherche des indices de présence humaine : éclats de silex taillés, fragments de poterie, ruines de construction, tertre artificiel. Tout a été localisé, repéré, enregistré. Puis les mêmes chercheurs ont ouvert des sondages dans les sites jugés les plus prometteurs ou représentatifs. Des centaines d’heures de travail d’équipe à fouiller les montagnes, sous le soleil, la pluie… et parfois la neige. Le bilan est extraordinaire et il est exposé dans le livre. Ce sont plus de 800 sites archéologiques de toutes époques, qui ont été découverts et parfois fouillés, allant de la Préhistoire au XVIIIe siècle. Presque 10 000 ans d’histoire exhumés et analysés. Dans le même temps, l’équipe pluridisciplinaire de recherche, animée par Frédéric Surmely, Yannick Miras et Violaine Nicolas, a étudié les archives, déniché des documents et des plans anciens, fait des survols aériens et même interrogé des habitants des alentours, pour récupérer toutes les informations possibles et les croiser. Des prélèvements ont été faits dans les tourbières pour retrouver les pollens et reconstituer l’histoire de la végétation et de l’impact de l’homme sur le milieu naturel.  D’autres spécialistes ont analysé les graines et les charbons de bois.

L’abondance des sites archéologiques n’a pas été la seule surprise pour les archéologues. Il y en a eu beaucoup d’autres, qui ont eu une portée régionale, voire nationale. La découverte de plusieurs sites datant du tout début de l’agriculture en France, ce qui peut paraître insolite dans ce secteur de montagne. À l’inverse la mise en évidence que les supposés « tumulus » funéraires n’étaient que de simples tas de pierres, lors de l’épierrage des terrains. Les archéologues ont aussi laminé la vieille idée de la montagne, « milieu immuable, terre d’inertie, où rien ne change ». Les montagnes ont évolué vite, en liaison avec les secteurs environnants. Vers la fin du XIIIe siècle, elles ont été le cadre d’un véritable bouleversement, avec le passage d’une économie agro-pastorale traditionnelle au système saisonnier et spéculatif de l’estive bovine. Les fermes et hameaux qui étaient établis jusqu’à 1280 m d’altitude, à côtés des champs de seigle, ont été abandonnés et ont fait place aux premiers burons. Une vraie révolution dans les activités et les paysages, qui est aussi le sujet de la thèse de Violaine Nicolas. Les travaux archéologiques ont permis de reconstituer l’évolution des structures pastorales, depuis les premières « cabanes » faites de bois et de terre, jusqu’aux burons voûtés dont les ruines se dressent encore dans les montagnes.  

De nombreux articles, conférences et une exposition (au musée d’Aurillac en 2013) ont été consacrées au bilan de ces passionnantes recherches archéologiques et historiques.

Le livre est destiné aux non-spécialistes. Il est complet, clair et très bien illustré, avec un prix de vente très raisonnable.

 


 

 

- 1 - - 2 - - 3 - - 4 - - 5 -