Les sites de la vallée de la Jordanne

Dessin J.-P. Usse

Site défensif de Saint-Simon


Dans le cadre de la politique de valorisation du patrimoine historique de la commune de Saint-Simon, la municipalité a pris la décision de mettre en valeur, en 1992 le site fortifié du Puy d'Oyez, dont les vestiges disparaissaient sous la végétation et de la mémoire des habitants. Les sondages archéologiques (SARA) ont été réalisés pour évaluer le potentiel de vestiges historiques subsistants, leur organisation et pour proposer un schéma de visite du site, avant d'engager les travaux d'aménagement du puy.


Un site fortifié dans la vallée de la Jordanne


Le site fortifié occupe le sommet et le flanc nord et ouest du puy d'Oyez ; dominant le village du même nom, situé en contrebas et sur la rive droite de la vallée de la Jordanne. Le village et son château actuel (XVe-XVIe siècle), sont construits à l'extrémité d'un petit promontoire, à la confluence de la Jordanne et du ruisseau d'Oyez. Ce site s’apparente aux châteaux à motte du nord de la France qui se sont largement répandus aux environs de l’an mil, comme celui qui est représenté par exemple sur la tapisserie de Bayeux. Contrairement à ce type de forteresses, érigées sur des terrains plats, il n’a pas été nécessaire ici de constituer une motte artificielle résultant en partie de l’évidement des fossés. Il a suffi d’exploiter le site naturel, un piton rocheux, en accentuant le potentiel d'escarpement pour la défense et en réalisant une succession d'aménagements du terrain pour implanter les constructions.

L’observation des mouvements de terrain permet d’interpréter l’organisation de l’espace : à la base du puy et du côté nord, sur le replat que forme l'interfluve, un léger bourrelet du terrain, visible sur 50 m de long environ, et orienté est-ouest , semble limiter ce qui aurait pu être la limite d'une basse-cour, dont les sondages n’ont toutefois pas confirmé la présence. Du même côté, au pied immédiat de la butte, un autre bourrelet de terrain formant une levée de terre artificielle en forme de demi-lune, semble faire office de barbacane, pour protéger l’accès à la forteresse.Au-dessus, une première plateforme, décrivant un demi-cercle a été créée artificiellement par décapage des flancs du puy et du remblai.


Les fouilles archéologiques


Cette plateforme supportait un bâtiment occupant la moitié de sa largeur et finissant contre le talus du puy. Le mur, dont les pierres étaient liées à l'argile, est conservé sur une hauteur de 0,70 m, fondé à même le rocher. Le bâtiment n’a été implanté que sur la partie naturelle du rocher du puy. Les fouilles (S5) du rebord de pente n'ont pas décelé la présence des fondations d'une clôture ou d’un rempart.

Dans la partie sommitale, deux terrasses ont été aménagées : la première, au sud du promontoire, est de dimension plus réduite et ne comportait pas de vestiges de structures (S1). La deuxième au nord-ouest, (S2 & S4) a révélé des structures maçonnées, en bel appareillage taillé. Jusqu’à présent, les archives ne mentionnaient, dans le nord de la France que des constructions en bois pour les châteaux à motte de cette époque. Il fut donc surprenant de découvrir ces structures en pierre, au moins pour les soubassements. Des fragments d'une céramique de forme globulaire, furent recueillis côté ouest du bâtiment, dans une zone constituée de cendres et de remblais du sol. Malheureusement, cette céramique commune grise, attribuable au Moyen Âge, sans décor, sans vernis, façonnée à la main et de fabrication locale, est extrêmement difficile à dater plus précisément en l’absence d’une analyse en laboratoire (lames minces). Côté est, dominant la vallée de la Jordanne, le puy se termine par l'à-pic de la falaise rocheuse.


Peu de matériel découvert


Très peu d'objets furent retrouvés dans les sondages notamment pas d'objet en fer (armement, clous, etc.) ce qui ne facilita pas l’approche de datation d’occupation du lieu. Le site ne fut pas abandonné précipitamment comme lors d’un incendie mais dut faire l’objet d’un déménagement méthodique, en bon ordre. Quelle en fut ensuite l'occupation ? Comme d’autres sites défensifs implantés pendant l’an mil puis désertés au bas-Moyen Âge, le puy d’Oyez est peut-être resté le symbole du pouvoir seigneurial en y conservant les fourches patibulaires par exemple, alors qu’un nouveau château en pierre est construit en contrebas. Généralement, c’est très souvent à partir de la Révolution que cet espace devient sectionnal. C’est le cas à Oyez.


Ces reliefs naturels que l'on a aménagé pour la défense, sont relativement communs dans notre région : Belbex, la Bastide (Arpajon), Dienne, Bredon, Brugiroux (Murat), le Clauzier (Saint Anastasie), Escorailles, la Roche (Saint Projet), Boussac (Pierrefort), etc.


Bibliographie


Usse (Annie et Jean-Philippe), Trois aspects de la période historique", église de Lascelle, sites fortifiés d'Oyez et Falhiès et habitat troglodytique, RHA, 2010.

Usse (Jean-Philippe), Le site fortifié d’Oyez, BARA, n°5 – p.85-95, 1993

Dessin J.-P. Usse


Église Saint-Rémi (Lascelle)


Les fouilles ont été réalisées (SARA)  en 1986. Celles-ci ont été menées dans la partie du chœur, immédiatement après l'arc triomphal et dans la nef au devant des chapelles latérales.

Elles ont révélé l'importance des travaux de restauration de l'église au XVIIe siècle, notamment d'avoir purgé les sépultures antérieures à cette période, et utilisant le couvert de l'église pour y fondre deux cloches.

L'étude de la nécropole renseigne sur l'importance du nombre d'inhumations à l'intérieur de l'église (84 sépultures complètes ou partielles), son organisation spatiale et dévoile les pratiques funéraires de cette époque.


Bibliographie 

Ariès (Philippe), Essais sur l’histoire de la mort en occident, Paris, Éditons du Seuil, Collection Points Histoire, 1975.

Usse (A.), "Fouilles de Lascelle", BARA n° 1, p.33-47, 1987


Site fortifié de la tour de Falhiès (commune de Velzic)


L’intervention avait pour objet de mieux appréhender les fonctions et l’agencement de ce type d’édifice défensif relativement fréquent dans la région : tour de Saint-Simon, d’Aurillac (Château Saint-Étienne et Belbex), de Naucelle etc.

Falhiès est un écart de la commune de Velzic, situé à 12 km au nord-est d'Aurillac, sur le flanc gauche de la vallée de la Jordanne. La tour est construite sur une éminence rocheuse, dont les bords abrupts dominent la vallée de la Jordanne à l'ouest et au sud. L'emplacement choisi, modelé par l'action glaciaire, correspond à une diffluence du glacier et le début d'une interfluve entre les vallées de la Jordanne et du Mamou. Cet édifice militaire appartient au Bas-Moyen Âge, période de conquête de l'espace rural et de parcellisation du territoire. Est-il le témoin d'une petite seigneurie rurale, liée aux importants défrichements des XlIe et XIlle siècles ou simplement l'un des éléments du système de défense de l'abbaye d'Aurillac ? Les documents d'archives, relatifs à Falhiès même, sont peu nombreux et ne permettent pas de répondre. La tour fut habitée jusqu'en 1885, puis abandonnée. Après la guerre de 1914-18, elle fut démantelée, sur l'ordre de son propriétaire qui vendit les pierres. Seule la base résista aux pics des démolisseurs


 Fouilles archéologiques de Falhiès


  Le site a fait l'objet de relevés topographiques des structures visibles au sol , qui ont permis de reconnaître des bâtiments annexes : mur d'enclos, tourelle, grotte aménagée en contre bas, maison au devant du fossé (comblé en 1983). Les travaux de sondages ont investi les deux parties immédiatement au pied de la tour côté est et ouest. La partie est a été décapée jusqu'au substrat rocheux et sur toute la superficie comprise entre le mur de la tour et le rebord du talus, mettant au jour quelques vestiges de céramique, objets métalliques, morceaux de tuiles canal ainsi que de lauzes de schiste. Cependant, fait exceptionnel sur le plan géologique, les fouilles révélèrent des stries parallèles au sol dues à l'action de rabotage, à cet endroit là, du glacier provenant de la vallée de la Jordanne vers le Mamou. Les sondages sur cet espace indiquent les vestiges de la présence d'un d'appentis utilisé aux XVII et XVIIIe siècles.

Côté ouest de la tour, la fouille plus limitée en surface, a permis de dégager des structures maçonnées parallèles au mur ouest de la tour, soutenant une plate forme de 1,70m de large sur 5m de long. Celle-ci comprenait un placard construit dans la hauteur et l’épaisseur de cette terrasse. Le muret de soutènement de 0,70m de haut vient recouvrir des marches d'escalier taillées dans le rocher de la base de la tour. De même, la base du mur nord qui clôturait l'esplanade à la jonction avec la tour a été retrouvée. Le site défensif de Falhiès ne se limite donc pas à la seule tour médiévale dont une partie des vestiges est encore visible, mais comporte toute une série d'équipements, destinés à rendre cet espace retranché, et d'aménagements en rapport avec l'activité quotidienne et agricole indispensables au fonctionnement de ce château.


Bibliographie pour les trois sites


Textes extraits de l'article de la RHA :  

Rassinot (Annie) et Usse (Jean-Philippe), "Archéologie en Jordanne : trois aspects de la période historique : église de Lascelle, sites fortifiés d'Oyez et Falhiès et habitat troglodytique", RHA, 2010.

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