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1 - Jehanne Turpin


De la Guadeloupe au Cantal : Jehanne Turpin, jeune archéologue vient de s'installer dans le Cantal dans la commune de Tournemire. Elle compte poursuivre sa carrière dans l'hexagone.

Pour commencer, elle classe, dans le cadre de la SARA, les collections archéologiques issues des fouilles de l'association qui ont été déposées depuis 30 ans dans les réserves du musée d'art et d'archéologie d'Aurillac. Elle a acquis toute une méthodologie pour réaliser ce travail en menant à bien le classement des objets de parure précolombiens de l’archipel guadeloupéen. Elle a poursuivi sa formation sur le terrain avec Jean-Philippe Usse par la visite d’un souterrain de Saint-Cirgues-de-Malbert et par sa participation à la redécouverte du souterrain d’Arnac (la SARA en avait fait un relevé topographique avant son comblement il y a 30 ans) de concert Frédérick Surmely, conservateur du patrimoine en charge du Cantal souterrain de Saint-Cirgues-de-Malbert.


Voici un extrait du master II de Jehanne Turpin


"Les objets de parures émanant de gisements précolombiens guadeloupéens, et conservés au musée départemental du Moule où je me suis rendue, sont encore assez méconnus et peu étudiés.

C’est pourquoi, je m’intéresse, pour l’heure, à l’étude de la parure précolombienne, complétée par d’autres, afin d’approfondir et enrichir la connaissance de ce patrimoine.

Le problème principal fut le déplacement et l’autorisation d’accès à d’autres collections pouvant faire l’objet d’une étude comparative par rapport au premier corpus.

La durée de l’étude menée au musée fut de trois mois au cours desquels il a fallu faire face à un certain nombre de contretemps. En effet, une fois sur place, je n’ai pas pu accéder aux deux collections initialement prévues et il était impératif de trouver deux autres corpus en remplacement.

L’intérêt, cependant, est que les deux corpus de comparaison, accessibles après autorisation, émanent :

- pour l’un, d’une collection ancienne d’objets de parure issue du gisement de Morel,

- pour l’autre, soit le troisième corpus, à peu près du même volume, est le résultat d’une fouille récente menée par l’INRAP (Caroline Colas) en 2002 à Marie-Galante.

Un certain nombre d’objets se retrouvent au sein des trois corpus dans les collections plus anciennes, acquises par le musée (donation Edgar Clerc, Géraldine Durand, Olivier Toesca, Yves Delaplace, prêt Guy Slozinsky et cession de Mireille Prompt). Ces parures entreposées dans les réserves n’avaient pas, pour la plupart, fait l’objet d’une étude faute de mise en lumière. Elles proviennent principalement de gisements de Grande-Terre et notamment Morel qui fut fouillé, en premières mains par Edgar Clerc dans les années 60-70, et de la collection d’objets de parure mise au jour à Tourlourous (Marie-Galante).

Cette étude expose les différents types d’objets de parure mis au jour sur des sites saladoïdes de Guadeloupe. Mené sur deux ans, ce travail aboutit, dans un premier temps, à la présentation et à la réalisation d’un inventaire raisonné et minutieux. Puis, dans un second temps, à l’élaboration d’une typologie de ces objets de parure, et d’une typo-chronologie.

Classer les différents types d’objets et établir la typologie est problématique au départ en l’absence de typologie détaillée, établie pour les objets de parures précolombiens.

Un des objectifs de cette tâche est de pouvoir élaborer une typologie et définir le type de classement le plus pertinent, en fonction de ces éléments de parure.

Saladoïde : Migration culture saladoïde : Venue du Venezuela vers 500-400 avant notre ère, correspondant au néolithique. Cette culture porte le nom de Saladoïde, du site éponyme de Saladero (Venezuela).

Au sein de ces trois collections, on observe la présence des ornements, façonnés en coquille[2], perforés ou non et destinés aux statues ou à être cousus. Ils sont présents en quantité sur de nombreux sites en Guadeloupe d’Anse à la Gourde jusque Basse-Terre (voir carte) mais également dans d’autres îles de l’archipel antillais (Martinique, îles Vieques[3], Porto Rico…) et ce, depuis la phase huecoïde[4] jusque dans les dernières phases du saladoïde au moins. Cette pratique issue du continent semble perdurer sur une longue période.

Pour ce qui est des narigueras (ou caracolis) portés sur le visage après percement de la cloison nasale, du labret et des oreilles, on constate que certains émanant de la collection d’Edgar Clerc, dans le premier corpus étudié, sont similaires à ceux de Mireille Prompt. On rencontre cette pratique sur le continent, dont elle est vraisemblablement originaire, et s’est propagée dans les îles de la Caraïbe. Il s’avère que, selon leur propriétaire, ils appartiendraient plutôt à la phase Morel 1 et 2 (environ 100 -.570 de notre ère).

Concernant les perles en coquille et les pendentifs, on constate que les premiers migrants de la phase céramique (saladoïde) en possédaient déjà et cette tradition du façonnage de ces perles s’est perpétuée.

On retrouve fréquemment des petites perles façonnées en coquille[5], produites en grand nombre à Morel et à Anse à la Gourde. Elles avaient une grande valeur marchande aux yeux des Taïnos[6] (Lammers, 2008, p.61). Ces colliers de perles sont susceptibles d’appartenir à une phase plus récente du Saladoïde.

Selon les chroniqueurs, les Amérindiens avaient pour tradition de porter des dents d’animaux autour du cou. Or en Grande-Terre, notamment à Morel et Anse à la Gourde, ces ornements percés étaient probablement prévus pour être portés en pendentif. On note la présence de ces dents depuis le début de la phase céramique et, par la suite, les chroniqueurs européens, en mission dans les îles antillaises, témoignent de leur existence chez les Caraïbes[7].

D’autres coquillages sont utilisés pour confectionner des objets de parures tels que les petits gastéropodes[8]. Ces coquilles sont vouées à la création de sonnailles. On observe que la technique de fabrication évolue au fil du temps. Celles façonnées en coquille d’Oliva et incisées se retrouvent du premier de 100 jusque 800 de notre ère (Clerc, 1974, p. 129). En revanche, celles fabriquées avec des coquilles de Cyprae, perforées par incision sont retrouvées davantage dans les niveaux de 300 - 560 et 560 - 800 de notre ère ou par cassure de la coquille à partir de 800 de notre ère (Clerc, 1974, p. 130).

Fig. 3 : Collier funéraire Huecoïde composé de trois amulettes en pierre vertes et de plusieurs perles d’améthyste et de quartz (vue de dessus), conservé au musée Edgar Clerc en vitrine et provenant du gisement de Morel.

Les objets de parure ou les amulettes en pierre verte sont, elles aussi, originaires du continent sud-américain. Cependant, ces pierres sont retrouvées façonnées sur d’autres gisements que Morel comme à Basse-Terre ou encore sur les îles (Vieques, La Hueca[9]). Les amulettes de pierre verte mises au jour sur le gisement de La Hueca remonteraient, elles aussi, au début de la période céramique (Chanlatte, 1983) à l’arrivée des premiers migrants du continent. Il semblerait que l’usage de ces pierres ait perduré durant cette phase saladoïde et que les européens, au contact des amérindiens Caraïbes, sont témoins de son utilisation ultérieurement (Désormeaux, 1978, p.63).

D’autres matériaux tels que le bois, le corail et l’os ont servi à la confection de parures, mais en quantité moins significative.

Cette étude permet d’aboutir à un certain nombre de constats sur la fréquence d’apparition des différents types d’objets de parure. Globalement, ceux étudiés sont issus de Morel, de Tourlourous et d’autres gisements se rattachent à la phase Saladoïde. Certaines pièces de Tourlourous pourraient être attribuées à une phase plus tardive mais cette hypothèse ne peut être affirmée. Si certains se font plus rares au cours du temps, d’autres sont présents du 1er au 9eme siècle de notre ère.


[2] Strombus gigas (lambi)

[3] Iles Vieques : Île caribéenne sur laquelle se trouve le site de La Hueca, il donne son nom à la culture huecoïde.

[4] Huecoïde : Toute première phase de la néolithisation dans les Antilles, correspond à l’arrivée des tout premiers horticulteurs.

[5] Strombus gigas (lambi) ou Chama sarda

[6] Culture archéologique des Grandes Antilles, contemporaine des Caraïbes (ou kalina), présente à l’arrivée des européens jusqu’au xvie siècle.

[7] Populations amérindiennes originaires du nord du Venezuela ayant migré vers les îles des Caraïbes et qui occupaient surtout les Petites Antilles.

[8] Les cypraecassis testiculus, oliva reticularis et les Conus

[9] Île commune de Porto Rico dans le nord-est des Caraïbes sur laquelle le site éponyme de la Hueca fut fouillé. C’est là que la culture huecoïde, une autre composante du Saladoïde, fut mise en évidence et caractérisée pour la première fois par Chanlatte Baik dans les années 80."


Bibliographie


Chanlatte Baik (Luis Armando), Arqueología de Vieques, Universidad de Puerto Rico, Recinto de Río Piedras, 1983

Clerc (E.), 1974, Le travail du coquillage des sites précolombiens en Grande-Terre (Guadeloupe), Antigua, In : actes du Ve Congrès international d'archéologie de la Caraïbe, p. 127-132.

Desormeaux (E.), Antilles d’hier et d’aujourd’hui, vol.1 Les Caraïbes, Édition E. Desormeaux,1978

Lammers-Keijsers (Y. M. J.), Tracing Traces from Present to Past a functional analysis of Pre-Columbian shell and stone artefacts from Anse à la Gourde and Morel, FWI, the Netherlands, Leiden University Press, 2008


Auteur : Nicolas Clément

6 - le PCR de Saint-Géraud dirigé par Nicolas Clément

« Nouveau regard sur la documentation médiévale, moderne et contemporaine pour un essai de reconstitution de la topographie monastique de Saint-Géraud d'Aurillac »

(Extrait de la RHA 2016-3 : la conclusion de la journée d’étude du 17 juin 2016)

 

"Un premier constat s’impose : la localisation du cloître de l’abbaye Saint-Géraud était encore bien présente dans la mémoire collective à la veille de la Révolution, comme l’atteste le bail emphytéotique de 1781 étudié par Béatrice Fourniel. En revanche, cette histoire des lieux a été frappée d’une amnésie générale tout au long des XIXe et XXe siècles. Le travail d’Anne Soula montre combien le passé monastique d’Aurillac est alors tombé dans l’oubli au profit du culte de deux personnages : saint Géraud et le pape Sylvestre II (l’ancien moine Gerbert). Mais à la fin du XXe siècle, les recherches de Nicole Charbonnel ont réactivé la connaissance des lieux et bien circonscrit l’emplacement du cloître. Ce dossier montre combien la documentation était assez riche pour localiser ce dernier avant même le lancement du projet immobilier d’ampleur et donc des fouilles préventives. Cette observation confirme la nécessité de retourner à une documentation écrite diachronique.

 

Si les fouilles préventives ont identifié la salle capitulaire, c’est grâce à sa position dans l’aile orientale du cloître, première pièce en sortant du transept sud, et à son programme architectural, avec une salle de 96 m2, pourvue d’une voûte soutenue par deux piliers centraux et de gradins périmétraux. Le bail emphytéotique de 1781 mentionne pour sa part le « refectoire du monastère » situé sous le jardin du doyenné. C’est ainsi qu’il est possible de le localiser dans la galerie sud du cloître.

 

La question du logement de l’abbé a été soulevée. On retrouve sa mention sporadiquement, à la fois dans les archives médiévales, comme l’a présenté Sébastien Fray, mais aussi tout au long des XVIe, XVIIe et XVIIIe  siècles. Outre l’interrogation ouverte sur sa physionomie – entre chambre et maison – au début du XIIe siècle, il se compose d’au moins deux corps distincts d’après l’enquête de 1555 présentée par Hervé Miraton. Le souvenir des ruines de la maison abbatiale dans la documentation moderne place ses vestiges très précisément entre le chevet de l’église abbatiale – où subsiste aussi une partie du cimetière – et l’enceinte monastique située au niveau de la rue du Buis.

 

Un fragment de cette dernière a pu être localisé précisément grâce à la documentation graphique du XVIIIe siècle exploitée par Cécile Rivals au moyen de traitements informatiques, portant à notre connaissance un nouvel élément de la topographie monastique de l’abbaye Saint-Géraud. Ce fragment, contre lequel s’appuyait, à l’extérieur, la fontaine de l’Aumône, y avait été improprement qualifié d’« ancien mur de ville ». C’est là un lieu de première importance pour un établissement monastique. Le tracé oriental de cette enceinte est donc aujourd’hui connu, mis en parallèle avec son empreinte fossile lisible dans le parcellaire dès 1791 avec le plan Daudé : il est alors possible de restituer le tracé du reste de l’enceinte.

 

Le géoréférencement des données anciennes et le dialogue avec les sources écrites ouvrent ainsi de nouvelles pistes. Par exemple, la tour-clocher figurant sur un plan de 1793, démolie en 1794-1795, appartient au massif occidental de l’église abbatiale : « Entre le clocher et l’eglise laquelle etoit autrefois en eglise » (bail emphytéotique de 1781). Le placement avec précision de cette tour-clocher permet au chercheur d’extrapoler avec précision la longueur de l’église abbatiale de Saint-Géraud d’Aurillac, soit 75 m.

 

Les historiens ont toujours pointé du doigt les évènements du XVIe siècle (sécularisation, présence des protestants) et du XVIIIe siècle (Révolution) pour expliquer l’état de ruine puis d’oubli de cet important monastère. Lucien Gerbeau apporte une autre vision, attestant de l’état de délabrement des bâtiments conventuels dès les années 1470. La désertion du dortoir et du réfectoire est effective dès le début du XVIe siècle. C’est donc une autre histoire qu’il faut réécrire.

Enfin, des questionnements nouveaux apparaissent. C’est par le truchement des archives journalistiques que Lucie Dorsy a révélé la découverte de sarcophages monoxyles. C’est une réelle re-découverte. Nous savions déjà qu’en 1896, lors de la construction de l’église de la Sainte-Famille, de tels sarcophages avaient été découverts, qui font écho à l’exceptionnelle découverte lors des fouilles préventives de plusieurs exemplaires en parfait état de conservation. Or l’on apprend également dans Le Moniteur du Cantal du 31 avril 1898 qu’un sarcophage monoxyle a été dégagé au cours de travaux dans la rue de Noailles. Nous sommes à plus de 250 m au sud-ouest du cimetière carolingien révélé par les fouilles préventives, donc du lieu de découverte des sarcophages monoxyles. Que signifie la présence en ce lieu de ce contenant funéraire en bois ?

 

C’est sur cette interrogation que nous concluons l’analyse de cette première journée d’étude autour du monastère Saint-Géraud d’Aurillac. Le questionnement et le dialogue de la documentation écrite et graphique, médiévale, moderne et contemporaine sont à poursuivre tant les résultats sont là. À ce jour, il est possible d’offrir aux chercheurs une nouvelle image de cet établissement monastique de renom. Ce PCR est donc l’occasion, durant les trois prochaines années, de revisiter la documentation, notamment à travers d’autres journées d’étude."

 Nicolas Clément

Responsable d'opération, Mosaïques Archéologie,

docteur en histoire et archéologie médiévale (Université Lumière-Lyon 2)"



 

7- le site préhistorique du Cuze de Saint-Anastasie : André Delpuech


Originaire de Sériers dans le Cantal il est le nouveau directeur au musée de l’Homme, depuis avril 2017.

« Au sein de la nouvelle direction regroupant l’ensemble des musées-jardins-zoos du Muséum, André Delpuech élabore le projet scientifique et culturel de l’établissement, conçoit des actions de médiation et de diffusion et organise leur mise en œuvre, à la tête des équipes du site. Il est chargé de repromouvoir le musée de l’Homme auprès des opérateurs scientifiques et culturels, sur le plan national et international, une mission en cohérence avec sa formation universitaire, son parcours professionnel, ses centres d’intérêts et ses travaux. Conservateur général du patrimoine, il était depuis 2005 responsable des collections Amériques au musée du quai Branly-Jacques Chirac. Un nouveau défi pour André Delpuech : il va désormais s’attacher à faire vivre et rayonner ce musée atypique qui a su se réinventer et a ouvert une nouvelle page de son histoire, en octobre 2015. » (Communiqué de presse du musée de l’Homme du 6 juin 2017)

Après des études d’archéologie à Paris I et Bordeaux II (DEA de Géologie du quaternaire et de préhistoire en 1983), André Delpuech a commencé sa carrière archéologique au sein de l’AFAN. En parallèle il a dirigé des chantiers de fouilles dans le Cantal, de 1981 à 1992, pour les périodes du Paléolithique supérieur et du mésolithique d’Auvergne lors de campagnes de fouilles au Cuze de Sainte-Anastasie, au Roc des Clauzades dans la commune de Raulhac et dans la grotte du Cavalier de Molompize. Plus généralement il a mené une campagne de prospection des massifs volcaniques de la Haute-Auvergne (Cantal, Cézallier, Aubrac), des abris et grottes sous-basaltiques qui lui ont permis de développer ses recherches sur le milieu de moyenne montagne à la fin des temps glaciaires. Il compte parmi les premiers membres de la SARA (Société d’archéologie de la région d’Aurillac), dont il est toujours membre d’honneur, et de la fédération des associations archéologiques du Cantal.

On lui doit notamment les articles dans la RHA : « La Fin des temps glaciaires en Haute-Auvergne » t.48, octobre-décembre 1981 ; La grotte du Cavalier II à Molompize et les sites paléolithiques de l’est du Cantal » t.68, juillet-septembre 2006.